Archives de catégorie : Textuel

En contrée Dwemer

Quand, au détour d’autres architectures, l’arrière d’une grande maison vous évoque un univers de jeu vidéo, le monde Dwemer dans Morrowind (The Elder Scrolls). Et cette vision d’évoquer le bruit des portes rouillées de mine qui s’ouvrent. Une sorte de bruit de petite cuiller proustienne, (Le Temps retrouvé) mais sensoriellement à l’envers.

Invitation

Un portail est à la fois invitation et barrière, ouverture et obstacle, entrée et sortie. C’est le mouvement dans son existence figée, la potentialité d’un devenir, le désir d’un chemin, la possibilité ou l’impossibilité de la fuite.

C’est une ouverture vers autrui, un intime, chez l’autre ; un peu chez soi quand le regard porte à travers ? Un peu de voyeurisme, un peu d’envie sur cet ailleurs si proche – qui nous est pourtant définitivement interdit.

Contes et légendes

A Pont-de-L’Arche, dans l’Eure (27), on y trouve des constructions anciennes, quelques jolis bâtis, et à son orée, l’abbaye de Bonport, dont le passé en lien avec celui de Richard Coeur de Lion, rappelle un certain passé glorieux et mouvementé de la Normandie.

Dans la vieille ville, rue du Président Roosevelt, réalisée par Libre-Equerre, une longue fresque dont l’image dessous n’est qu’un extrait, allie anciens et modernes pour, de manière réussie, recouvrir un long rideau de fer sinon contestable dans cette jolie rue aux maisons moyenâgeuses. On y voit un chat botté à l’ancienne, un chat botté plus contemporain, Bécassine, une femme en rouge (clin d’oeil cinématographique ?), où l’on semble surtout nous dire, comme Calderon à son époque, la vie est une illusion, « le monde est un songe », mais d’une manière joyeuse, c’est une invitation à la fantaisie, au fantasque, à l’émerveillement, l’ici est aussi le là-bas et le maintenant l’avant. Le passant interpellé par l’image, doublement au sens propre, fresque en surimpression, chat qui nous nargue, chat qui nous harangue, s’arrête – et prend une photo.

Echos

La feuille tombe comme un papillon

Dans l’enivrement soudain

le ronronnement d’une libellule

Au loin les résonances électroniques, échos lunaires

avant la frénésie rythmique

Au loin, comme un tonnerre incertain

une rumeur diffuse se trainant dans les airs

Les aventures de Gerbert Fratruchminchen

Le temps parfois conduit à la concision et à l’obscurité, alors, pour ne pas tourner le dos au narratif, ci-dessous un petit texte écrit lors d’un exercice d’écriture autour du mot « alchimie ».

Il manipulait ses éprouvettes avec empressement. Un peu de salsifis, un peu de poudre de renard argenté – tant pis pour lui, le bougre, s’il n’avait pas voulu être apprivoisé – , un peu de sang – toujours du sang en alchimie. Peu importe la source : mouche écrasée, moustique vorace, sang de l’homme, son propre sang.
Gerbert Fratruchminchen les connaissait bien, les règles de l’alchimie. Rien ne s’obtient sans rien. On ne gagne qu’en perdant. L’éternel et ultime principe d’équivalence. Elève du grand maître Fratello Del Piusima, il en avait vu autour de lui, des élèves comme des maîtres alchimistes, qui avec un oeil en moins, qui une jambe disparue en un jour, qui sans langue.
Gerbert Fratruchminchen s’empressait donc. La Baronne Von Pratertuck avait requis ses services. Une petite manipulation mais une manipulation dangereuse. Un rajeunissement de dix ans. Encore et toujours le culte de la jeunesse. Cette manipulation était alimentaire ; Gerbert réservait aux heures de nuit une quête plus grande : la vie éternelle, avec elle, les possibilités du savoir absolu.
Jusqu’aujourd’hui, rien. Toutes ses expériences avaient été un échec. Et ce qu’il craignait le plus : être dans l’ignorance des conséquences de ses actes. Car le prix à payer ne pouvait se révéler que bien plus tard.